Adhésion de la Croatie à l’Union Européenne

Intervention de Leila Aïchi lors du débat relatif à l’adhésion de la Croatie à l’Union Européenne, au 1er janvier 2013

Leila Aïchi s’est félicitée de l’adhésion d’un nouveau membre au sein de la Communauté européenne, illustrant la vocation universelle de cette dernière dans la promotion de la paix et des droits humains :

« Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Monsieur le Rapporteur,

Monsieur le Président de la Commission,

Mes cher(e)s collègues,

L’adhésion de la Croatie à l’Union européenne, effective le 1er juillet 2013 en tant que 28ème Etat membre, constitue une bouffée d’air frais pour notre continent, en ces temps de doute quant à la construction d’un ensemble politique toujours plus cohérent.

Au sein des Balkans occidentaux, dont la « vocation européenne », c’est-à-dire le principe de leur adhésion à l’Union européenne, a été affirmée dès le sommet de Zagreb en novembre 2000 – sommet à l’initiative de la France – la situation de la Croatie se distingue[1].

En effet, la mission de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées à Zagreb, effectuée en mai 2011, a permis de délivrer un message très clair de soutien à la candidature croate, à la veille de son adhésion à l’Union européenne[2].

La Croatie n’a d’ailleurs pas démérité et a fait énormément d’efforts,  qu’il s’agisse du renforcement des institutions, notamment par l’augmentation des fonds alloués à la Cour constitutionnelle, des réformes électorales, de l’intégration des réfugiés ou de l’amélioration du statut des minorités.

Mes cher(e)s collègues, cette adhésion sur laquelle nous devons nous prononcer aujourd’hui souligne avec force la vocation première du projet de construction européenne.

Mes cher(e)s collègues, l’Europe c’est la paix.

Et la Croatie, hélas, ne connaît que trop bien le prix de cette dernière, car ce pays a payé un très lourd tribut, lors de la violente dislocation de l’ensemble yougoslave, à la fin du siècle dernier.

Il est vrai que la guerre en Croatie fut incomparablement plus longue et plus sanglante que la guerre de Slovénie. La guerre s’est déroulée sur une période de près de 10 ans, depuis les premières altercations en 1990 jusqu’à la reconquête totale du territoire en 1998 par le gouvernement croate, avec son funeste lot de tueries, de déplacements de populations, et d’emprisonnements.

Le conflit a été très dur : près de 16.000 tués et 40.000 disparus. Les dommages directs et indirects pour l’économie ont été évalués à quelque 37 milliards de dollars – presque deux fois le PIB de la Croatie[3].

Les sièges de Vukovar et de Dubrovnik de sinistre mémoire, sont devenus les symboles de cette guerre atroce. Ces joyaux de l’architecture médiévale ont subi d’énormes destructions, certaines étant irrémédiables.

D’un point du vue environnemental, « l’agriculture croate n’est pas encore revenue aux niveaux de productions de 1990. Les conséquences du conflit sont encore importantes : près d’un million d’hectares ne seraient pas exploités, soit l’équivalent de la surface agricole actuellement mise en valeur : d’une part, en raison de la présence de mines anti-personnelles ; d’autre part, en raison de problèmes de propriété foncière concernant des terres appartenant à des ressortissants de minorités qui ont fui vers d’autres régions et ne sont pas revenus jusqu’à présent. Le cheptel bovin a été décimé. En 2007, il restait encore inférieur à 60 % de son niveau d’avant-guerre[4] ».

Souvenons-nous, mes cher(e)s collègues, que ces tragiques événements ont eu lieu sur notre continent, et ce à une période relativement récente…

Ainsi, l’adhésion de la Croatie à l’Union européenne souligne la vocation universelle de cette dernière dans la promotion de la paix et des droits de l’homme.

À ce titre, nous ne pouvons que nous réjouir que nos collègues députés européens aient, en décembre dernier, solennellement accueilli à Strasbourg la médaille symbolisant le prix Nobel de la paix attribué à l’Union européenne[5].

 De même, l’optimisme des croates pour le projet européen contraste singulièrement avec le climat eurosceptique ambiant, sous fond de défiance au sein de la zone euro.

Je n’ai pas besoin de vous rappeler, mes cher(e)s collègues, l’âpreté des débats au sein de notre chambre concernant le Mécanisme Européen de Stabilité ou le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance…

Certes, l’enthousiasme pro-européen des croates, qui avait grimpé à plus de 80 % dans les sondages en 2003, a pu s’éroder au fil des négociations, qui se sont étendues de 2005 à 2011, en raison des stricts critères fixés par Bruxelles et de la crise économique qui secoue l’Union européenne.

En outre, un vieux différent bancaire avec la Slovénie pourrait retarder l’adhésion de la Croatie si aucun accord entre les deux pays n’est conclu avant le 1er juillet 2013. Il s’agit de l’affaire de la banque slovène Ljubljanska Banka ou LB.

Ainsi, « Lors de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, quelque 430.000 Croates avaient placé leurs économies dans la LB, qui a fait faillite dans les années 1990. Par la suite, la Croatie a dédommagé deux tiers de ces épargnants pour un montant d’environ 270 millions d’euros et exige désormais que la Slovénie lui restitue ce montant[6] ».

Or, comme vous le savez, mes cher(e)s collègues, la ratification par les 27 pays membres actuels de l’Union européenne est indispensable pour valider l’adhésion de la Croatie.

L’entrée de la Croatie dans l’Union européenne n’est donc pas une simple formalité, mais témoigne au contraire d’une démarche enthousiaste et déterminée de la part des Croates, en dépit des difficultés énumérées.

En conséquence, le 22 janvier 2012, soit près de vingt ans après la déclaration d’indépendance de leur pays, et malgré un fort taux d’abstention, les Croates se sont exprimés par voie référendaire et ont voté  à  66% « oui » pour l’adhésion de leur pays à l’union Européenne, lors d’un scrutin jugé « crucial » par les autorités de la jeune république[7].

Cette nation de 4,2 millions d’habitants a donc décidé d’arrimer, en toute conscience, son destin à celui d’un projet toujours en mouvement, malgré les crises ainsi que les difficultés, soit la construction d’un ensemble politique efficient à l’échelle de notre continent.

Dans cette optique, nous ne pouvons que nous féliciter de l’adhésion de ce nouveau membre au sein de la Communauté européenne.

En effet, une intégration continentale toujours plus poussée est vitale si nous voulons répondre aux immenses défis économiques, démographiques et environnementaux générés par la globalisation et l’émergence de nouvelles puissances.

Enfin, en tant qu’européenne convaincue, je reste persuadée que l’agrandissement de la famille européenne représente plus que jamais une formidable chance pour notre pays.

Je vous remercie. »

 

Remonter